L’Art de T’ang Haywen
L’art de T’ang Haywen témoigne d’une originalité — une célébration vibrante née entièrement de sa jubilation intérieure. La nature et les possibilités infinies de la vie l’emplissaient d’émerveillement et de joie, qu’il traduisait en un journal visuel où chaque instant transcende les frontières et les cultures. Tel un papillon, il traversait l’existence en quête de bonheur, laissant derrière lui une traînée de créativité lumineuse.
T’ang fut un peintre chinois qui sculpta un royaume artistique unique, à l’abri des conventions d’autrui. Ses diptyques distinctifs sont devenus une fenêtre sur une perspective nouvelle, immédiatement reconnaissables et profondément évocateurs. S’il explora diverses expressions artistiques — tel son rôle de joueur de tambourin (Coryphée) dans Les Perses d’Eschyle ou son œuvre pionnière dans le court-métrage T’ang Boogie, où il explora le potentiel parabolique de l’encre sur papier — c’est par la peinture qu’il s’exprima avec le plus de liberté et de constance. Son art n’avait pas de limites, guidé uniquement par son imagination visionnaire et la joie de le partager.

T’ang sur scène en joueur de tambourin dans Les Perses d’Eschyle, en Allemagne en 1954.
Le parcours de T’ang débuta en 1948 lorsqu’il s’installa dans un hôtel du Quartier latin à Paris. C’est là que Raymond Audy le vit fabriquer ses premiers cadres de sérigraphie. Au fil des ans, il déménagea entre les demeures d’amis généreux, dont un séjour mémorable en 1953 chez Pierre Chaslin dans une maison du sud de Paris appartenant aux excentriques Ginzburg, dont l’allocation mensuelle déclenchait des célébrations d’une semaine suivies de semaines d’austérité. C’est à cette époque que T’ang peignit une scène d’intérieur avec une fenêtre ouverte sur la maison de Meudon.
De 1959 à 1991, la vie de T’ang gravitait autour de son modeste appartement-atelier de la rue Liancourt, près de Montparnasse. Malgré ses conditions précaires — il devait se doucher chez un voisin et utiliser les toilettes à l’étage supérieur — il transforma cet espace en sanctuaire, un monde qu’il retrouvait après ses fréquents voyages. Il y accueillait ses amis proches et prêtait souvent son logement à d’autres pendant ses absences.
T’ang peignait quotidiennement, où qu’il se trouvât — sur les plages de Goa, dans les paysages sereins de Saint-Paul-de-Vence, les environs tranquilles d’Hergiswil en Suisse, ou l’atmosphère contemplative de l’abbaye de Fontgombault. Son art était semblable à un journal de voyage, les quatre murs de son atelier de la rue Liancourt constituant un chapitre supplémentaire de son périple de vie.

Le dernier portrait connu de T’ang fut capturé au printemps 1991, rue Liancourt, par son ami cinéaste Yonfan, qui projetait d’exposer ses œuvres à Hong Kong. Cette image demeure un poignant rappel d’une vie consacrée à l’art, à la liberté et à la quête incessante de la beauté.








