Performance
En 1972, T’ang Haywen et son ami Andre Dzierzynski s’installent à Goa au sein d’une communauté de hippies, s’adonnant à des pratiques artistiques expérimentales inspirées de leurs voyages. Durant cette période, T’ang participe comme l’un des performers au film psychédélique Furen Boogie, réalisé en collaboration avec le cinéaste Tom Tam et Martha Sandler, reflétant les idées novatrices de l’époque sur la communication et la conscience.
Cette collaboration aboutit finalement à T’ang Boogie, considéré comme l’un des premiers « films d’artiste » réalisés par un peintre chinois moderne, fusionnant la peinture à l’encre avec des techniques de cinéma expérimental.
En 1972, après un séjour à la résidence de la Maharani de Porbandar, T’ang Haywen et son ami artiste Andre Dzierzynski s’installent dans un petit bungalow au bord de la plage à Goa, s’immergeant dans la communauté hippie locale en quête d’un monde meilleur. Là, T’ang rencontre le cinéaste Tom Tam et sa compagne Martha Sandler, qui achevaient un long voyage à travers l’Inde. Tom, comme T’ang, était né au Fujian mais avait émigré aux États-Unis avec ses parents.
Des années plus tard, Martha se souvenait de leur rencontre : « T’ang disposait des feuilles de carton sur une table, deux par deux, et peignait comme guidé par un processus automatique. Il travaillait vite, achevant une œuvre après l’autre, puis s’arrêtait pour profiter de la journée — marcher sur la plage, rencontrer des gens, cuisiner et manger. Il était calme, souriant et discret, tandis que moi, une grande Américaine, me retrouvais en compagnie de deux Chinois… »
Au cours de leurs voyages, Tom avait filmé Martha comme figure centrale. Ces images ont évolué en Furen Boogie (Le Boogie de la Dame), un voyage psychédélique qui capture l’esprit de l’époque. Le film, ponctué d’un staccato d’images, reflète une expérience initiatique qui attire et repousse à la fois. Il fait écho aux idées révolutionnaires des années 1960 sur la communication et l’imagerie, mettant en avant une nouvelle conscience du monde, de la vie et de l’expérience humaine — atteinte par le jeu, l’expérimentation et l’exploration des espaces extérieurs et intérieurs.
Furen Boogie offre également une vision unique et condensée de l’Inde des années 1970, vue à travers l’objectif d’un immigrant chinois marqué par les nouvelles théories de la communication. En 1973, Tom rend visite à T’ang à Paris, où il observe des piles d’œuvres de T’ang — des empilements des côtés gauche et droit de diptyques, conservés tels qu’ils avaient été peints.
À Goa, Tom et T’ang avaient discuté de leurs processus créatifs : Tom, cinéaste américain influencé par les idées de Marshall McLuhan (« Le médium est le message »), et T’ang, artiste chinois affranchi des contraintes confucéennes pour devenir l’instrument de ses propres créations. Ils explorèrent l’interaction entre la machine de Tom, capable de capter et d’enchaîner 24 images par seconde, et les œuvres empilées et visionnaires de T’ang. T’ang proposa d’organiser les images de manière séquentielle.
Le résultat, T’ang Boogie, est probablement le premier « film d’artiste » réalisé par un peintre chinois moderne — une fusion révolutionnaire de l’encre et du film qui reste d’une pertinence frappante aujourd’hui, peut-être même davantage dans notre ère contemporaine.
Furen Boogie, court-métrage réalisé par Thomas Tam (Tom Tam) en 1974. Durée : 17 min 25 s © Thomas Tam
























