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En 1973, T’ang Haywen collabore avec le cinéaste Tom Tam pour créer T’ang Boogie, l’un des premiers « films d’artiste » réalisés par un artiste chinois, fusionnant la peinture à l’encre avec des techniques de cinéma expérimental.
T’ang Boogie, 1973. Court-métrage réalisé par Tom Tam, avec les peintures de T’ang Haywen.
T'ang Boogie
Les images défilent par rafales rapides, comme des jets d’encre sur le papier, avec des espaces blancs ressemblant à des étincelles de lumière.
T’ang Boogie présente 48 images fixes en deux secondes, avançant et reculant, mettant au défi les yeux de s’adapter et le cerveau de mémoriser et reconnaître les visions fugaces.
Cette encre animée traduit le caractère aléatoire de la vie elle-même, libérant T’ang des contraintes de la virtuosité et de la préciosité. En utilisant ses œuvres comme matière brute, il s’aligne sur l’idéal artistique taoïste, trouvant une résonance contemporaine qui transcende les frontières traditionnelles.
Le film reflète la diversité de la production de T’ang dans les années 1970 : certaines peintures présentent de vastes espaces vides traversés de lignes éparses, tandis que d’autres sont densément encrées, avec seulement de faibles points de lumière perçant. La réaction initiale du spectateur peut être un rejet, mais une vision répétée invite à une compréhension plus profonde. Cette dualité a captivé Guo Gan, maître de l’erhu (instrument à cordes frottées chinois à deux cordes), qui a composé Drunken Ink pour le film, inspiré par l’usage « libre, généreux et audacieux » de T’ang de son art comme matière première. Bien que T’ang et Tom aient envisagé d’ajouter de la musique à T’ang Boogie, c’est Guo Gan qui l’a finalement fait vivre.
Pourtant, toutes les réactions n’ont pas été positives. Présenté à un éminent philosophe français en 2018, le film fut qualifié d’« agressif » et de « très années 70 », jugé douloureux pour les yeux et en décalage avec les sensibilités contemporaines. Cette réaction a mis en lumière le choc entre une approche taoïste, expérientielle, et une perspective occidentale, analytique.
T’ang Boogie est une collaboration unique entre T’ang Haywen et Tom Tam — une invitation taoïste à voir et ressentir, un jalon dans le renouveau de l’art de l’encre, et une œuvre qui revendiquera sans doute sa place dans l’histoire de l’innovation artistique.
T’ang Boogie, 1973, le court-métrage expérimental accompagné de la musique de Guo Gan intitulée Drunken Ink, composée en 2019.





