Raymond Audy
Raymond Audy était un publiciste français et l’un des amis les plus proches de T’ang Haywen. Ils se sont rencontrés à Paris en 1951 ou 1952 à l’École des Langues Orientales et sont restés proches jusqu’au décès de T’ang en 1991. Raymond se souvenait de T’ang comme d’un jeune homme élégant, souvent vêtu d’un costume parfaitement taillé, qui vivait à l’année dans un hôtel du Quartier Latin. À l’époque, T’ang recevait une généreuse allocation mensuelle de son père, marchand de soie à Saïgon, ce qui lui permettait de profiter de Paris dans les meilleures conditions.
Audy, véritable Parisien de cœur, était originaire de province — plus précisément de Touraine, où sa famille possédait une maison baroque nommée Villa Caroline, construite par un propriétaire de théâtre sur les rives de la Loire. Passionné de théâtre, de poésie et de littérature, Audy présenta T’ang à la troupe du Théâtre Antique de la Sorbonne, où T’ang participa brièvement. En 1952-1953, T’ang décida de se consacrer pleinement à la peinture, mais en 1954, sa famille cessa de lui envoyer son allocation mensuelle. Sans se décourager, T’ang continua à peindre des paysages, des plantes, des fleurs, des portraits et des natures mortes. Audy le soutint en acquérant ses œuvres, qu’il collectionna tout au long de sa vie.
Lors d’un séjour en Touraine, T’ang peignit une œuvre remarquable dans le « pigeonnier » de la Villa Caroline, une pièce offrant une vue sur la campagne environnante. Le tableau représente une femme brune et élégante assise à une table avec un livre ouvert, des fruits et des fleurs. D’une main appuyée contre son visage, elle regarde le spectateur avec douceur et sérénité. Derrière elle, de grandes fenêtres s’ouvrent sur les toits du village et les champs fertiles. La peinture capture un moment de tranquillité estivale, évoquant peut-être l’arrivée de Caroline Waldé, une actrice que Raymond rencontra lors d’une représentation théâtrale et qu’il épousa par la suite. Ce tableau orna la salle à manger de la Villa Caroline pendant plus de quarante ans avant de rejoindre une importante collection parisienne.
Audy servit comme soldat en Algérie, où il rencontra le poète Marc Alyn, qu’il présenta à T’ang en 1960. Dans ses mémoires de 2018, Le temps est un faucon qui plonge, Marc Alyn consacra un chapitre à T’ang, écrivant : « Sur les corolles de fleurs nées de sa main, les abeilles viennent se poser. » En mars 2019, Alyn publia un recueil de poèmes en hommage à T’ang, intitulé T’ang l’obscur, Mémorial de l’Encre, illustré par les œuvres de T’ang.
Jusqu’à la fin de sa vie, T’ang rendait visite à la famille Audy-Waldé une ou deux fois par mois pour un dîner ou un déjeuner. Audy remarquait souvent que T’ang « passait le plus clair de son temps à exercer sa liberté ». C’est après un déjeuner dominical chez eux que T’ang, se sentant mal, découvrit qu’il avait contracté le sida. La famille Audy-Waldé prit soin de lui jusqu’à son décès le 9 septembre 1991.
Comme le nota Philippe Koutouzis : « Raymond, Caroline, Janine Waldé (la sœur de Caroline) et Fabrice Audy (leur fils) sont devenus mon soutien le plus indéfectible, tant dans mes recherches sur T’ang que dans les batailles juridiques qui ont suivi — désormais inscrites dans l’histoire de l’œuvre de T’ang Haywen. »






