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L'authentification en art : Philippe Koutouzis sur les signatures de T'ang Haywen

La conférence de Philippe Koutouzis au congrès Authentication in Art de 2016 a exploré les défis de l’authentification des œuvres de T’ang Haywen, révélant les complexités de ses signatures et l’héritage unique de l’artiste. Ses recherches soulignent l’importance de la rigueur scientifique dans la préservation de l’authenticité artistique.

**Authentication in Art (AiA)** est une plateforme qui réunit des professionnels du monde de l’art pour promouvoir les meilleures pratiques en matière d’authentification des œuvres d’art. Lors du congrès AiA de 2016, Philippe Koutouzis a donné une conférence sur l’expertise des signatures de T’ang Haywen. En juin 2018, AiA a annoncé la création d’une **Cour d’arbitrage pour l’art** afin de faciliter la résolution des litiges liés à l’art, en particulier ceux concernant l’authenticité. Voici un compte rendu de l’intervention de Koutouzis, intitulée *Expertise des signatures de T’ang Haywen (1927–1991)*.


T’ang Haywen était un peintre chinois appartenant à la deuxième génération d’artistes chinois à Paris après la Seconde Guerre mondiale. Né en 1927 dans la province du Fujian, il s’installe à Paris en 1948 et y vit jusqu’à sa mort en 1991. Koutouzis commence à étudier l’œuvre de T’ang en 1992-1993 et décide, en 1994, de compiler le **catalogue raisonné** de son œuvre. Contrairement à ses contemporains Chu Teh-Chun et Zao Wou-Ki, T’ang ne recherchait ni la gloire, ni la fortune, ni la revitalisation de la peinture chinoise. Il menait plutôt une vie de liberté artistique, s’affranchissant des pressions sociétales et familiales. Officiellement à Paris pour étudier la médecine, T’ang s’est enseigné la peinture, s’inspirant de sa formation précoce à la calligraphie auprès de son grand-père. Koutouzis illustre l’évolution artistique de T’ang à travers plusieurs œuvres clés :


* Une représentation hésitante du Pont Neuf à Paris, influencée par Albert Marquet.

* Une petite peinture à l’huile sur journal, mêlant esthétique chinoise et humilité de Paul Klee.

* Un autoportrait audacieux montrant une utilisation confiante de la couleur.

* Un *Hommage à Cézanne*, capturant le « moment dans l’œil du peintre ».

* Une réinterprétation du groupe de femmes de Gauguin, imprégnée d’une dimension religieuse.

* Un autoportrait inspiré de Van Gogh, avec une composition inversée horizontalement.


Ces œuvres marquent les premières explorations de T’ang en peinture à l’huile, mais il passe bientôt à l’encre et à l’aquarelle sur formats standardisés, en particulier les diptyques de 70 × 100 cm composés de deux feuilles de 70 × 50 cm. L’engagement de T’ang envers la liberté artistique et son rejet du succès commercial le positionnent comme un peintre ermite moderne, à l’image de Shitao ou Bada Shanren.


Cependant, cette liberté a également posé des défis pour l’étude et l’authentification de son œuvre. À la mort de T’ang sans testament ni héritiers connus, l’État français ordonna la vente chaotique de ses biens en 1992-1993. Ces ventes se déroulèrent sans catalogues, images ou documentation, créant une confusion considérable. De nombreuses œuvres, y compris des diptyques et triptyques, furent vendues incomplètes, et certains marchands créèrent ultérieurement un « cachet d’atelier » pour établir une provenance. Bien que bien intentionné, ce cachet manquait de contrôle légal et compliqua davantage la situation.


Pour remédier à ce désordre, Koutouzis adopta une approche scientifique et méthodique. Il localisa la famille de T’ang en Chine, rétablit la lignée successorale et obtint les droits d’auteur sur l’œuvre de T’ang. Il compila une documentation exhaustive, incluant des peintures datées, des cartes postales, des documents administratifs et de la correspondance, pour retracer l’évolution de la signature de T’ang sur quatre décennies. Cette recherche révéla des incohérences dans certaines signatures, menant à l’identification de contrefaçons.


En collaboration avec l’experte en graphologie Suzanne Schmitt et le scientifique médico-légal Dr. Jaap Boon, Koutouzis utilisa des outils avancés comme le microscope Hirox pour analyser les signatures. Les principales différences entre signatures authentiques et apocryphes incluaient :


1. La continuité entre les lettres romaines et les caractères chinois.

2. Le positionnement de « ’ang » par rapport à la base du « T ».

3. La pause dans la partie supérieure du caractère « hay ».

4. L’inclusion correcte d’un point dans le caractère « wen ».

5. L’équilibre et le mouvement global de la signature.


Ces constatations soulignèrent le manque de compréhension du faussaire en calligraphie chinoise et du style unique de T’ang. Les récentes tentatives de falsification de signatures sur du papier vieilli artificiellement se sont également révélées maladroites et facilement détectables.


Koutouzis insista sur le fait qu’une œuvre portant une signature falsifiée, même si la peinture elle-même est authentique, est légalement considérée comme une contrefaçon. Retirer une signature falsifiée endommage souvent l’œuvre, surtout lorsque la signature est intégrée à la composition.


En conclusion, Koutouzis réfléchit aux défis de la compilation d’un **catalogue raisonné**, le décrivant comme un « travail ingrat » mais essentiel pour préserver l’héritage d’un artiste. Malgré les difficultés, il reste engagé dans la quête de précision et la découverte des chefs-d’œuvre cachés de T’ang Haywen.



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